Le marché du cacao en Grenade (Partie 2)

Le Grenada Chocolate Festival est très différent de tous les autres festivals auxquels j’ai assisté dans les dernières années. C’est l’un des seuls festivals où il est à la fois possible de visiter des chocolatiers bean-to-bar et des plantations de cacao partout dans le pays, et de participer à des activités originales comme du yoga de chocolat (chocolate yoga) ou un atelier de fabrication de produits pour la peau à base de cacao. Les activités sont extrêmement diversifiées! Les participants quittent la Grenade avec une très bonne connaissance de l’industrie du chocolat dans ce pays.

Présentation sur les bénéfices du du chocolat pour la santé.

Présentation sur les bénéfices du chocolat pour la santé. Vous pouvez trouver une partie de la présentation ici.

 

Le masque facial à base de poudre de cacao

Le masque facial à base de poudre de cacao

Dégustation de chocolats européens par Elle Coco

Dégustation de chocolats européens par Elle Coco

Pendant les nombreuses visites chez des chocolatiers tree-to-bar (Note 1) et dans des plantations de cacao, j’ai été agréablement surprise de voir à quel point l’industrie s’est développée au cours des dernières années en Grenade. Il y a maintenant quatre fabricants de chocolat, et un cinquième commencera très bientôt à vendre ses produits! Ce qui est encore plus beau à voir, c’est à quel point les habitants de Grenade sont fiers de ce qui se passe côté cacao et chocolat dans leur pays. Je n’ai évidemment pas visité tous les pays producteurs de cacao, mais je n’ai vu nulle part ailleurs cette fierté et cette conscience élevée d’avoir entre les mains un produit extraordinaire. À part peut-être au Pérou, où l’on compte entre 12 et 15 chocolatiers bean-to-bar (et probablement encore plus depuis ma dernière visite en juillet 2016).

Fabriquer du chocolat dans un pays producteur de cacao est une excellente façon d’ajouter de la valeur à un produit et de créer des emplois sur place. Dans le cas de la Grenade, c’est aussi une excellente façon d’obtenir plus pour son cacao que le bas prix payé aux fermiers. En effet, pendant mon voyage, j’ai appris que la Grenada Cocoa Association (GCA), l’association des producteurs de cacao de la Grenade (Note 2), a le monopole pour l’achat, la revente et l’exportation des fèves de cacao.

C’est aussi la GCA qui fixe les prix payés aux producteurs. Elle achète des fèves de cacao dans la pulpe (wet beans) (Note 3) pour 1,50$ EC la livre (environ 0,55$ USD), en ligne avec le marché de la bourse. Les fèves sont ensuite fermentées et séchées à l’un des centres de la GCA. Le prix payé par l’Association n’est pas suffisant pour que les producteurs puissent vivre décemment. De plus, comme le cacao de la Grenade est reconnu comme « fin », les producteurs devraient recevoir beaucoup plus pour leurs fèves. C’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi peu de jeunes sont enclins à reprendre les terres familiales. Et, comme partout ailleurs, les fermiers vieillissent : la majorité d’entre eux est âgée de plus de 50 ou même de 60 ans.

Visite à la Grenada Chocolate Company. Crédits photos: Grenada Chocolate Festival

Visite à la Grenada Chocolate Company. Crédits photos: Grenada Chocolate Festival

Toutefois, si un producteur de cacao de Grenade décide de fabriquer du chocolat avec le cacao qu’il cultive, il n’a pas à passer par la Grenada Cocoa Association (Note 4). C’est un énorme avantage! En ce sens, la Grenada Chocolate Company fait figue de pionnière dans le pays. Quand Mott Green a fondé l’entreprise en 1999, il a créé une coopérative incluant 10 producteurs de cacao. Les fermiers membres de la Grenada Chocolate Company sont maintenant plus de 30, tous certifiés biologiques. En permettant aux producteurs de cacao de devenir membres de la compagnie, Mott pouvait acheter directement d’eux, en leur offrant plus que la GCA. Aujourd’hui, le prix payé par la Grenada Chocolate Company à ses fermiers est de 2,50 EC la livre (environ 0,93$ USD) (Note 5). De plus, comme les producteurs sont membres de la coopérative, ils obtiennent aussi une partie des profits.

Dans la Partie 3 de cette série sur la Grenade, je parlerai davantage de la mythique Grenada Chocolate Company et des défis auxquels elle devra faire face dans les prochains mois.

Avec Edmond Brown, co-fondateur de la Grenada Chocolate Company

Avec Edmond Brown, co-fondateur de la Grenada Chocolate Company

Note 1: Tous les chocolatiers bean-to-bar à Grenade cultivent aussi leurs propres fèves de cacao, d’où l’expression tree-to-bar.

Note 2: Trois des membres du conseil d’administration de la GCA viennent du gouvernement. Les six autres sont élus par les membres de l’association eux-mêmes. (Grenada Cocoa Association Act).

Note 3: Les fèves de cacao dans la pulpe (wet beans) sont les fèves fraîches tout juste sorties de la cabosse. Elles doivent passer à travers un processus de fermentation et de séchage. La GCA possède des centres de fermentation et de séchage centralisés pour presque tout le cacao de l’île.

Note 4: Communication personnelle avec Lylette Primell (Crayfish Bay Chocolate) and James Mort (The Grenada Chocolate Company).

Note 5: Communication personnelle avec James Mort (The Grenada Chocolate Company).