Quelle place pour les femmes dans l’industrie du cacao et du chocolat?

Le 20 janvier dernier, j’ai participé au panel « Comment les femmes peuvent-elles transformer l’industrie alimentaire pour les femmes? », dans le cadre du Forum International. Ce forum était organisé par le CECI et le WUSC-EUMC, les deux organismes avec lesquels j’ai eu la possibilité d’aller au Pérou en juillet 2016. Ma participation à ce panel m’a permis de me pencher davantage sur les conditions des femmes dans la culture du cacao et la production de chocolat. Il existe plusieurs inégalités, mais les choses changent de plus en plus, et de nombreuses initiatives sont apparues dans les dernières années pour aider les femmes et valoriser leur travail.

La situation
Selon des statistiques de la World Cocoa Foundation, de façon générale en agriculture, les femmes cultivent 50 % de la nourriture, mais ne reçoivent que 10 % du revenu qui y est associé. En outre, elles ne possèdent que 1 % des terres (World Cocoa Foundation). La situation est similaire dans la culture du cacao. En Afrique de l’Ouest, environ 15 % à 25 % des femmes qui travaillent avec le cacao sont propriétaires de leur terre (UTZ Certified and Solidaridad, 2009). Les autres femmes impliquées sont les épouses des propriétaires, des membres de la famille ou de simples employées. L’accès à la terre pour les productrices est un obstacle de taille, duquel découlent plusieurs autres difficultés : l’accès aux coopératives, l’accès au crédit, à la formation et au marché (1).

Nombre de femmes propriétaires terriennes en Afrique de l'Ouest

Nombre de femmes propriétaires terriennes en Afrique de l’Ouest. Source: CLP survey; Empowering Women and Fighting Poverty: Cocoa and Land Rights in West Africa: International Food and Policy Research Institute; Dalberg analysis.

 Bien souvent, le travail de ces femmes est peu reconnu et moins rémunéré que celui des hommes. Pourtant, elles réalisent au moins 50 % des tâches, et jusqu’à 70 % dans certains pays comme au Ghana (Andoh, 2017). Et les tâches qu’elles exécutent sont souvent d’une importance capitale pour la qualité du cacao. Elles sont très présentes par exemple dans les pépinières où poussent les jeunes cacaoyers. Et ce sont aussi généralement elles qui s’occupent des processus post-récolte comme la fermentation, le séchage et le tri des fèves de cacao (The Gender and Cocoa Livelihoods Toolbox). Ces étapes sont essentielles à l’obtention d’un cacao de qualité. C’est d’ailleurs ce que jai remarqué pendant mon séjour à Madagascar à l’automne 2016.

Écabossage, Plantations MAVA (Madagascar)

Écabossage, Plantations MAVA (Madagascar)

Séchage des fèves de cacao, Plantation Millot (Madagascar)

Séchage des fèves de cacao, Plantation Millot (Madagascar)

Tri des fèves de cacao, MAVA (Madagascar)

Tri des fèves de cacao, MAVA (Madagascar)

Du côté des chocolatières bean-to-bar (b2b), la situation est un peu différente. Depuis mes débuts dans l’industrie du chocolat en 2008, le nombre de femmes chocolatières b2b a augmenté de façon exponentielle. Au Canada seulement, sur la trentaine de marques de chocolat b2b qui existent actuellement, un peu plus de la moitié sont dirigées par des femmes, ou des couples où la femme a un très grand rôle à jouer dans la production. La lourdeur des sacs de fèves de cacao ou le côté très mécanique et technique des machines ne semblent pas les arrêter (2).

La plupart des chocolatières avec lesquelles j’ai discuté m’ont dit que leur plus grand défi en tant que femmes est de se procurer des fèves de cacao directement chez des producteurs. Malheureusement, certaines ne sont pas prises au sérieux lorsqu’elles font affaire avec des producteurs de cacao masculins, qu’elles soient basées au Canada, aux États-Unis ou en pays producteurs de cacao (3). Plusieurs aimeraient travailler avec des femmes productrices de cacao, mais elles ne connaissent pas toujours les coopératives qui les mettent de l’avant, ni comment les joindre.

Les initiatives positives
L’une des solutions est la mise en relation des femmes qui sont présentes à tous les niveaux dans l’industrie du chocolat en leur donnant des possibilités de se rencontrer et de tisser des liens. Depuis mai 2016, ces rencontres sont facilitées grâce au Women in Cocoa and Chocolate Network (WINCC). Mettre en relation celles qui cultivent la matière première, celles qui la transforment, celles qui vendent les produits finis et celles qui font de l’éducation à leur sujet est très important. Selon moi, c’est la clé pour que les choses continuent d’évoluer.

Les initiatives sont pourtant nombreuses et méritent d’être mises de l’avant. Dans plusieurs pays producteurs de cacao, des coopératives de femmes ou ayant des femmes à leur tête se mettent en place. C’est le cas entre autres de la Cooperative des femmes entrepreneurs de Côte d’Ivoire (COFENCI) ou encore de la très connue Kuapa Kokoo au Ghana. Plus d’un tiers des membres de cette coopérative sont des femmes, et celles-ci sont représentées dans tous les comités. Au Pérou, la Cooperativa Agraria Cafetalera Pangoa, qui cultive aussi du cacao, a à sa tête une directrice générale respectée de tous, Esperanza Dionisio Castillo.

Esperanze_Dionisio_Castillo

Esperanza Dionisio Castillo / Source: Root Capital

Ces exemples ne sont que quelques-unes des initiatives pour et par les femmes dans le cacao et le chocolat. Les femmes, notamment celles dans les pays producteurs, ont de plus en plus d’opportunités pour cultiver et vendre leur cacao, ou encore produire du chocolat, mais encore faut-il qu’elles accèdent au marché. De même, de plus en plus de chocolatières bean-to-bar ont envie de connaître les productrices de cacao et de collaborer avec elles. Pas seulement parce qu’elles sont des femmes, mais surtout parce que la qualité est au rendez-vous !

NOTES
1. Pour plus de détails sur les difficultés auxquelles doivent faire face les femmes dans la culture du cacao, consultez le rapport très complet de UTZ Certified and Solidaridad (2009).

2. Certaines choisissent toutefois leurs équipements en conséquence, allant vers des machines qui se déplacent ou s’opèrent plus facilement (Palette de Bine, communication personnelle).

3. Communications personnelles avec Q’UMA Chocolate, QANTU, Palette de Bine.

BIBLIOGRAPHIE
Andoh, D. (January 12th 2107). « Female cocoa farmer groups receive support to improve yields », Graphic Online. En ligne: http://www.graphic.com.gh/news/general-news/female-cocoa-farmer-groups-receive-support-to-improve-yields.html.

Barrientos, S. (2013). « Gender production networks: Sustaining cocoa-chocolate sourcing in Ghana and India », Brooks World Poverty Institute (no. 186). Manchester.

Barometer Consortium (2015). Cocoa Barometer 2015. Online: http://www.cocoabarometer.org/Home.html

International Food Policy Research Institute. (2002). Empowering Women and Fighting Poverty: Cocoa and Land Rights in

West Africa: International Food and Policy Research Institute; Dalberg analysis.

Oxfam. https://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/gender-inequality-cocoa-ivory-coast.pdf.

The Gender and Cocoa Livelihoods Toolbox, http://genderandcocoalivelihoods.org/

UTZ Certified and Solidaridad. (2009). The role of certification and producer support in promoting gender equality in cocoa production. Online: https://utzcertified.org/attachments/article/92/CocoaGenderUTZSolidaridad_2009.pdf.

World Cocoa Foundation. Online: http://www.worldcocoafoundation.org/wp-content/uploads/files_mf/womenincocoafarming_presentations.pdf